Il y a un mois à peu près, parallèlement à la reprise de la peinture sur feuille d’or, j’ai ressenti un appel venant du fin fond de ma mémoire. 

Quand j’avais vingt ans, je vivais au centre ville de Strasbourg, et j’étais comme aimantée à sa cathédrale. J’y passais beaucoup de temps, à dessiner les sculptures en pierre, et à m’intéresser à sa symbolique. J’étais toujours fourrée là bas, à dessiner, boire des coups et même jouer de la musique.

Cette place attirait à elle les vieilles âmes et les artistes, et j’avais rencontré un jour un drôle de troubadour qui cherchait des musiciens pour faire un groupe. Comme j’étais dans les parages, on m’a proposé de faire le tambour. Ce troubadour, c’était Luc Arbogast. On était 4, et on a joué avec ce groupe tout un été, sur cette place et dans les bars…

C’était une expérience fantastique. J’adorais faire résonner ce cœur qui battait, et qui accompagnait le vent qui se levait quand on commençait à jouer. Et la voix de Luc ensorcelait le public, subjugué par ce qui se passait avec ce vaisseau de grès rose.

On jouait le jour et aussi la nuit, c’était vraiment magique.

La fréquentation de cette Cathédrale m’a amené d’autres trésors, dont la passion pour l’alchimie. Car à force de dessiner les sculptures, j’y ai découvert de drôles de détails, et comme dans beaucoup de cathédrales, l’oeuvre alchimique y est racontée sous forme de rébus…

Depuis 18 ans, je me nourris régulièrement de textes et d’images alchimiques, J’adore décrypter les symboles, y entendre le langage des oiseaux, sans avoir besoin de comprendre les recettes. C’est avant tout une atmosphère, une ambiance que j’adore retrouver.

Ça me nourris dans mon âme. Ça m’inspire pour mon art.

Là il y a un mois et demi, j’ai rouvert ce sujet et ça a fait Waouh !

J’ai eu envie d’aller plus loin, de dialoguer avec la matière.

Et pourquoi pas de me mettre au creuset.

Au creuset ?!

Ben oui, c’est ça qui m’allumait quand j’y pensais. Comme un enfant qui se réjouit de rencontrer le Père Noël. Cette excitation là ! Juste mettre la matière dans le creuset et la voir fondre. Rien que ça ça me fait sauter de joie !

Chacun ses délires !!

Alors à Paris il y a quelques jours, l’idée folle d’aller chercher ma matière m’a replongée dans cet état d’excitation. Ok j’y vais en Métro et pas à pieds jusqu’à la « plage du croissant de lune » de Galice.

Mais je vais enfin rencontrer ce métal légendaire…

A peine j’ai eu mon morceau d’antimoine entre les mains que j’ai senti une chaleur monter dans mes cellules, comme un feu qui s’allumait déjà.

En fait en Alchimie opérative, tu as trois voies principales.

La voie sèche, la voie humide, et la voie royale. Tu en choisis une principale, même si elles peuvent se croiser.

La voie sèche, purifie la matière par le feu.

La voie humide, purifie la matière par dissolution et utilise les liquides, et dans la voie « royale », c’est ton corps qui est la matière première.

J’ai envie d’utiliser la voie sèche. J’ai envie de converser avec le feu.

D’après Patrick Burensteinas, (l’un des 10 alchimistes par siècle ayant trouvé la pierre philosophale), « Tu ne choisis pas la voie, mais c’est la voie qui te choisit… »

Donc voilà, j’ouvre un chapitre alchimique dans ma vie et je tiendrai un journal d’expériences. Je vais commencer à Noël, chez quelqu’un qui est déjà équipé pour la fonte des métaux… C’est le grand-père des enfants, et Zachary ne le connaît pas encore beaucoup, voilà l’occasion parfaite !

Faire ça à Noël me remplit de joie.

Car Noël est aussi une parabole alchimique.

On ne sait jamais combien de temps dure « l’oeuvre au noir ».

Il paraît que quand l’étoile apparaît, l’oeuvre au noir est finie.

L’étoile, c’est la forme qui apparaît dans le métal purifié quand tu le casses.

En attendant Noël, je commence une nouvelle série de tableaux. Pendant le salon de Bruxelles, une fée Belge est venue me donner un truc, une recette de dorure pour augmenter la brillance des feuilles d’or.

Waouh ! Quel trésor à mettre en œuvre. Je commence aujourd’hui. 15 opérations pour faire le lit à la feuille. Alors qu’avant, je n’en faisais que deux.

Et le brunissage à l’agathe ensuite. Encore une histoire de pierre ! La voilà qui entre dans la danse, où va-t-elle me conduire ?

Suite au prochain épisode…!