Faire serveuse pendant une semaine m’aura appris plein de choses. 
J’ai bien aimé préparer des capuccinos, des cafés crèmes, des bières et servir des tartes flambées gratinées.
J’ai bien aimé me glisser dans ce rôle et apprendre à tout synchroniser. 
Décrassant des zones de mon cerveau, ça m’a montré à quel point je pouvais être multitâche.
Prendre les commandes, les préparer et les servir, en souriant, échanger quelques mots…
Observer la succession des clients et tout capter d’un coup d’oeil. Qui a besoin de quoi, quand et savoir servir, encaisser, rendre la monnaie, maîtriser la machine à sous sans rien oublier…
Le premier jour a été un gros fiasco, le temps de tout comprendre.
J’ai rendu trop de monnaie à un client, oublié de servir une table qui s’est levée, outrée, et même renversé du schweppes sur un américain ! 
C’était un peu comme passer le permis de conduire le premier jour de cours !!
Et la tactique du patron, c’était de me mettre une pression folle pour tester ma résistance à la panique et au stress. Parce que si je paniquais, j’étais éjectée. 

Et je n’ai pas paniqué. J’ai ri de mes conneries. Alors le patron qui m’avait menacé de ne pas me garder juste pour voir ma réaction a voulu très fort me garder. 
J’avais passé le test, l’épreuve de force, de démarrer direct un jour plein de monde, sans m’effondrer ou pleurer.
Le lendemain, je pensais déjà arrêter, j’ai dit au patron que cette méthode ne marcherait pas avec moi. 
J’en ai déjà deux autres qui mettent à l’épreuve ma patience toute la journée, alors un troisième c’était juste pas possible !
Ça lui a plu que je lui parle franchement. Il a encore plus voulu me garder. 
La semaine s’est très bien passée ensuite, mais je ne suis pas restée pour les prochains mois.
Ça m’a aidée à me positionner sur mes réelles envies et besoins. J’ai voulu voir quelle genre de personne j’étais en serveuse. J’ai vu. 

Je n’ai pas aimé dire à ce couple d’anglais déjà confortablement attablés que nous ne servions plus. Ça m’a fendu le cœur d’obéir au patron.
Je n’ai pas aimé ce groupe de motards qui avaient rangé tous les verres d’une interminable tablée à l’extrémité la plus lointaine pour me faire cavaler. 
Je n’ai pas aimé ces gens outrés de ne pas être servis plus vite. 

J’ai aimé voir ce vieillard mettre une main aux fesses de sa très vieille femme, émerveillé comme au premier jour.
J’ai aimé donner un chocolat chantilly à ce motard trempé et épuisé. 
J’ai aimé baragouiner en allemand, rigoler avec les habitués, faire tous ces cafés en une journée…
Serveuse, un univers contrasté, riche, humain et aussi dur physiquement.
C’est ce qui m’a fait finalement choisir autre chose. 
Le patron m’a prévenue que cette cadence serait multipliée par 3 en été. 
Qu’il perdait chaque année 9 kilos en 2 mois. Qu’il cherchait quelqu’un d’endurant, d’athlétique pour supporter ce rythme infernal.
Alors non, mon corps n’avait pas envie de ça pour gagner six sous.
Pas avec deux enfants dont un qui tète encore, et qui mobilisent déjà un gros paquet d’énergie physique.

Parallèlement, j’avais reçu une proposition d’aider des gens à faire des sites internets dans la garrigue. 
Une école de forge et un parc de sculptures au coeur de la nature Gardoise, là où j’ai vécu pendant 6 mois il y a 10 ans…J’avais créé un parcours de sculpture chez eux, entre deux voyages en Alaska.

Je n’ai pas réfléchi très longtemps, et embarqué les enfants, le chat et traversé la France encore une fois.
J’y ai retrouvé l’ambiance de ma vie voyageuse d’autrefois…
Et la garrigue, les cailloux, les criquets et le vent.

Là bas, on m’a proposé un complément de travail à distance à l’année.

J’ai même reçu un cadeau improbable un jour après mon arrivée.
Une espèce de prince charmant forgeron bien plus jeune que moi qui séjournait là, beau parleur et qui m’a fait la cour. 
Vraiment très très drôle. Il a voulu une gourmandise et moi aussi. Je n’ai pas regretté une seconde d’avoir quitté la serveuse en moi pour redevenir une reine sous les étoiles de la garrigue !