Avant hier, la tête de mon fils de 2 ans a heurté légèrement l’arrière d’une voiture qui roulait. 
J’ai eu une grosse frayeur, un réflexe animal de l’attraper, ce qui a empêché que le choc soit plus fort. 

Le lendemain, donc hier, je tenais à peine debout tellement mes cuisses étaient courbaturées. 
De quoi ? Probablement de ce bond que j’ai fait à la vitesse de la lumière. Quand ton enfant est en danger, tu déploies une force surhumaine. 

Mais aussi certainement le résultat d’une contraction intense, la peur qui a foudroyé mon être quand j’ai vu à cet instant le corps de mon fils « tomber » vers la roue de cette voiture.

Les interprétations « mentales » sont venues essayer d’expliquer cet événement, pour y trouver un sens, un symbole. 
J’y ai trouvé des « leçons », des apprentissages « utiles » pour chacun, mais aujourd’hui je vois ça tout autrement. 

Le sens le plus simple, le plus vrai de cet « incident » c’est qu’on vit en permanence à côté de la mort. 
A la seconde d’après, tout peut basculer. Tout le temps. Ça me fait peur ? Oui beaucoup.
J’aimerais la contrôler ? Certainement ! Mais ce serait un sacré leurre et une façon de se protéger aussi de la vie.

Le réflexe que j’ai eu aurait pu me donner l’illusion que je pouvais contrôler la situation, mais en réalité, l’information que j’ai eu est que je ne peux rien contrôler.
Parce que je ne vois qu’un détail de la grande image.

Toute la journée, tous les jours, il y a tant de « catastrophes évitées » dont je n’ai pas conscience…

L’effet de ce choc a été un gros recadrage. 
J’avais un choix : rejeter cette peur ou l’accepter.

Rejeter cette peur, c’était encore me couper du réel. 
Et lutter contre elle dans chaque recoin de ma conscience. 
Si je la rejetais encore, de toute façon elle reviendrait bien vite, déguisée derrière des stratégies d’évitement et de contrôle.

Je l’ai donc acceptée. 
Oui j’accepte d’être mortelle, et que mes enfants soient mortels. 
Qu’ils vivent pleinement, qu’ils expérimentent toutes les facettes de cette existence physique et non physique. Et moi aussi !
J’arrête de vouloir les protéger de la mort, car je ne suis pas Dieu. Je ne contrôle rien. Chaque moment est le résultat ultime de la multitude de choix que je fais tous les jours.

Quand j’ai accepté cette peur, la gratitude est arrivée.
Pour chaque chose du quotidien, chaque seconde passée avec mes enfants.
Le présent est devenu plus intense, plus coloré, plus lumineux, plus riche.
Le stress est tombé, la pression aussi. 
Les câlins ont remplacé les jérémiades.

Alors non, je ne voudrais pas d’une vie sans peur, sans mort. C’est elle qui rend la vie si belle, si précieuse et si intense…