Jour 5/40
Comment la « bonne mère » à flingué mon couple !

Ah le couple ! Le lieu de tous les possibles, fantasmes et projections, répétitions de schémas familiaux et magnifique lieu d’évolution, terrain de jeux et de plaisir.

Quand on s’est mis en couple, on a bien profité de nous pendant 4 ans avant de passer à l’idée de créer une famille.
Cette idée nous enchantait autant qu’elle nous terrifiait : Allait on être à la hauteur, nous qui étions tous les deux des adolescents attardés, artistes et intellectuels précaires ?
En côtoyant d’autres parents altermondialistes qui savaient comment faire, la barre était haute et notre idéal aussi.

Nous avons bien préparé l’arrivée de notre premier enfant en regroupant les points de vues sur la question.
Et puis, pour sortir des mécanismes des générations passées, on a eu envie de donner à nos enfants ce que nous n’avions pas reçu, et dont nous croyions avoir manqué.

Avant même l’arrivée de notre fille, nous avions décrété que je l’allaiterai jusqu’à plus soif, qu’on la porterait en écharpe, qu’elle dormirait avec nous, qu’elle n’irait pas en crèche et qu’elle ne serait pas scolarisée, sauf si elle le demandait, et si oui dans une école alternative.

Nous voulions aussi un accouchement le plus naturel possible.

Nous pensions que c’était une base « saine » pour un tel projet de parentalité.
Nous pensions que faire des enfants, c’était s’occuper d’eux le plus possible.
Ne pas rentrer dans un système boulot-crèche-dodo et ne pas les voir grandir tellement ça passe vite.

Pour rassurer le lecteur alternatif que tu es peut être, nous ne regrettons pas un seul instant l’allaitement, le cododo, et tous les protocoles de bébé épanoui.

Par contre on a été un peu trop stakhanoviste sur le dosage et le dévouement que ça a représenté au détriment de notre santé, et surtout de notre couple.

Clairement, on a fait passer les enfants avant tout le reste.
Comme si c’était des dieux ou des choses fragiles à protéger !

Alors oui, le résultat est là : notre aînée aujourd’hui 5 ans qui a été un bébé continuum (n’a pas été séparée de sa mère pendant sa première année ) est la joie incarnée.

Notre deuxième aussi. On peut dire qu’on leur a donné une base solide. Ils sont à l’aise, drôles, se sentent en sécurité et apprennent tout avec grâce et facilité. N’est-ce pas le plus important ?

Oui mais est ce le plus important si après, tellement que tu t’es oublié dans les enfants tu te sépares ?!

Un jour il y a eu un point de bascule qu’on n’a pas vu venir.
Un jour nous sommes devenus des parents paillassons, fatigués, envahis, noyés dans un quotidien où l’enfant avait toute la place.

Quand on en a pris conscience, il a fallu rectifier, retrouver son aplomb.
On a un peu lâché du lest avec l’arrivée de notre deuxième enfant.
Il paraît que c’est souvent comme ça pour les deuxièmes.
Le premier on veut tellement bien faire, et pour les suivants on se détend…

Quel impact sur notre couple ?
Je suis sûre qu’il y a des couples qui y arrivent, qui gèrent toutes ces alternatives avec une main de maître, sans se laisser paillassonner.

On s’est laissé embarquer dans nos points de vue, en n’écoutant pas nos corps, notre fatigue, nos besoins de se retrouver.
Ça s’est refermé sur nous comme un piège !
Tout ça pour être de bons parents ?!

Aujourd’hui, je pense qu’il est tellement important de se respecter avant tout !

Je ne me suis pas demandé si je voulais allaiter pendant 5 ans ou dormir avec mes enfants aussi longtemps. On a commencé puis continué par « habitude »…

5 ans d’allaitement, de bonheur certes…Mais je n’ai pas encore retrouvé mon corps à moi.
Je me sens souvent envahie, et j’ai tant de fois repoussé les tentatives d’intimité parce que c’était trop d’invasions pour mon corps dans une journée…

5 ans de cododo…idem…ça sécurise énormément le bébé, c’est bien pratique pour l’allaitement, j’en suis convaincue… Mais au bout d’un moment, (lequel ?) ça empiète sur le territoire de l’adulte, dilué dans un océan illimité…

Pour l’école ça s’est fait tout seul : Notre fille a demandé à y aller et ça lui apporte beaucoup d’épanouissement. Du coup notre fils l’observe et ça lui donne envie.

A tant de dévouement pour les enfants toute la journée, eh ben qu’est ce qu’on faisait le soir quand ils étaient couchés ?
On se retrouvait….non pas ensemble, mais chacun derrière son écran, à faire tout ce qu’on n’avait pas pu faire dans la journée…!