Jour 24/40
Trier les objets, trier sa vie

Déménager est devenu une habitude, une tare selon notre entourage, (mais je dirai….qu’il y a pire comme vice ! )
Dans les déménagements précédents, nous faisions du tri mais pas autant que cette fois. Là, nos affaires se séparent, notre vie commune prend fin. C’est fou comme les objets véhiculent une énergie, une réalité, un espoir. Nos vies sont amalgamées à ces objets.

Et là, on a choisi de s’alléger. Presque tout ce qu’on a acheté en tant que couple est revendu.
Punaise, on en a eu des élans de vouloir raccommoder notre couple en allant chez Emmaüs et Ikea !

« Tiens il nous manquerait ça ! » Comme si avoir tout ce qu’il faut allait nous rendre notre couple !
Genre à penser inconsciemment : « On n’a pas de meuble à chaussures, ça doit être pour ça que ça tourne pas rond chez nous !! »
Ou « avec des balançoires, ça ira mieux ! »
« un trampoline, c’est ça qui manque ! »

Evidemment que non ! Mais c’était bien de le vivre quand même.
Souvent on a besoin de le vivre pour l’intégrer !
Et c’est ça qu’on démantèle aujourd’hui. Chaque objet est pesé, considéré, remercié et lâché.
On passe de 30m3 ensemble à 6m3 chacun !
L’épuration est énorme.
Que reste-t-il de cet élagage ?

Intéressant… La moelle de nos vies, ce qui est irremplaçable, et injetable me concernant, ce sont mes écrits, mes dessins, mes œuvres et les archives familiales.
C’est l’essentiel de ces mètres cubes restants. Que du papier !
J’ai halluciné en constatant l’énorme quantité d’écrits accumulés depuis mes 13 ans. Pourquoi je garde ça ?
Un jour, je les numériserai pour m’alléger encore plus. Mais l’objet a une énergie. Il est des carnets que je n’ai pas pu rouvrir. Pourquoi les conserver ?

Et puis je me suis demandé si je ne gardais pas ça pour mes enfants.
J’ai moi même tellement fouillé mon grenier d’enfant à la recherche des vérités cachées !

Avec le contenu de ces cartons, toute ma vie peut être recomposée, et documentée. Ainsi que celle de mes parents, grands parents et arrière grands parents. Chaque génération a son carton !
Apparemment, je suis la détentrice de la mémoire, la gardienne de l’arbre généalogique.

Plus j’ai lâché les objets de notre quotidien et plus je me suis allégée intérieurement.
La maison elle même est un objet, un symbole.
Je suis en elle, elle est en moi.
Je l’ai dessinée pour mieux m’en défaire. Je me rends compte que j’y étais attachée, à cette maison en Bretagne.
Et les enfants aussi. On l’avait tant cherchée !
Ce qui est incroyable, c’est ce qu’un mois avant de partir nous avons fait la connaissance de voisins super sympas, à travers le Bon Coin, qui habitent à 500m… Ceux que nous aurions adoré avoir pendant ces 19 mois!

Tandis que notre fille dit au revoir à ses amis…Ce qui n’est pas rien. Il faut en avoir, des raisons de quitter tout ce « bonheur » !
C’est étrange parfois de suivre sa voix intérieure, alors que rien ne nous attends nulle part. Et que le peu de construit se défait !

Et au fil du tri est arrivé une chose étrange.
La possibilité assez inattendue de retourner vivre en Alsace.
Moi, j’avais prévu d’aller dans le Gard, chez des amis le temps de remettre une nouvelle vie « en route ».

Mais j’ai découvert que ça ne convenait pas à tout le monde de refaire sa vie là bas.
Le père de nos enfants n’était pas vraiment motivé.

J’aurai pu faire mon « bulldozer » et y aller quand même !

Et je me suis souvenue de ce que ça créait pour nous tous quand quelqu’un se forçait pour faire plaisir à l’autre. Genre venir en Bretagne ! Oui, il a fait ça pour me faire plaisir !
Résultat, il n’était pas heureux. Et notre couple a décliné.

Au début, cela m’a semblé saugrenu de retourner en Alsace, mais au fil des jours cette éventualité a grandi et des idées ont germé.

Aujourd’hui et après tout ce nettoyage cette destination est devenue une évidence.
Cette région que j’ai tant fuie, je vais la retrouver.

Et mieux ! Je vais la sublimer, ouvrir les fenêtres bien grand pour faire circuler l’air qui m’était devenu irrespirable.
Pour ne plus être en réaction, et pour en révéler ses trésors.
Je sais où ils sont cachés.