Jour 15/40
Percer les abcès

Avec ma mère, il y a toujours de temps en temps un silence pesant, étouffant qui revient. Voire même parfois un air irrespirable.
Ce sont les jugements, les non-dits, les inquiétudes qui sont ressassées sans jamais trouver d’issue.
Ça suinte dans l’invisible.
Eh bien sûr, comme toute chose tue et mise sous cloche, il y a toujours des fuites incontrôlables.
Et quand ça fuit, ça brûle. Trop longtemps contenu, ça fait des infections dans l’énergie.

Ce matin, les fuites ont eu lieu au réveil.
Waouh, une bonne journée qui s’annonce !

J’ai donc intitulé cette journée « percer les abcès ».
Dire ce qui est accumulé, sans vouloir blesser l’autre, mais simplement en disant ce qui est là.
Sans confondre l’autre avec ce qui sort (ou ne sort pas) de lui.
Le phénomène du ventriloque. Quand autre chose parle à travers soi.

Il y a toujours autre chose de caché derrière. Souvent une peur.
Je lui ai donné l’occasion de dire le fond de sa pensée. Et de racler jusqu’au fond.
N’en pouvant plus des non-dits, des sous entendus, des pans entiers de jugements esquissés mais jamais dévoilés.
J’ai reçu l’inquiétude d’une mère face à son enfant. Pas moi, aujourd’hui, mais l’enfant que j’étais.
Une énorme culpabilité, une frustration énorme de ne pas pouvoir aider. Voire même une paralysie face à un enfant en détresse.

Une scène inconsciente, rejouée, projetée sur les ombres chinoises de ma vie, où ok, y a des changements, mais pas de détresse. Plutôt des réjouissances et de la libération, même dans un chaos apparent.

J’ai donc assisté au cauchemar de ma mère. Pas le mien. Ni même sûrement le sien.

Et j’ai vu le mécanisme de fuite chez elle, que j’ai eu moi aussi jusqu’alors, avant d’affronter les monstres.
Et à quel point aller au fond du truc, ne pas fuir, et cracher le morceau, des deux côtés, ça aide à exorciser.

Sinon le truc va tourner en boucle, encore et encore, comme un disque rayé !!