Jour 11/40
C’est où chez moi ?

Après 7 déménagements en 7 ans, le 8e pour dans un mois, je fais un petit bilan des migrations.
A chaque déménagement, c’est un gros nettoyage, un tri des affaires, des archives, un questionnement existentiel. C’est devenu une hygiène de vie.
Mais ça fait beaucoup de nouveaux départs quand même.
A croire que quand des racines repoussent, il faut vite les arracher.
Alors je me suis posé la question : Pourquoi tant déménager ?

Si je regarde en arrière, j’ai suivi les appels et je me suis sentie partout chez moi !

-En Alaska, j’ai vécu 8 mois avec les indiens Tlingit, j’ai appris la sculpture sur bois avec eux et j’étais complètement chez moi.

-Dans le Gard, j’ai vécu 6 mois chez un couple de forgerons où j’ai fait un parcours de sculptures et je me suis sentie en famille.

-A New York, 3 mois sur place et c’était comme si je vivais là depuis toujours.

-A Vancouver, pendant 2 mois, je prenais le bus pour aller étudier les arts de la côte Nord Ouest à l’Université avec les autres étudiants. Je faisais partie du décor.

-En Aveyron, je suis restée plus de 2 ans, (presque un record !) J’y ai rencontré mon compagnon et on a construit mon atelier, une maisonnette hexagonale en bois. Une fois finie, on est repartis.

-Ensuite, on a failli d’installer près de Prague dans le château de Crispin Glover, l’acteur Hollywoodien, qui avait besoin de Florent pour monter un labo de cinéma.

-J’ai passé un mois à Mérida au Mexique pour filmer et pendant que j’étais sur une charrette dans la campagne près des temple mayas, j’ai eu une révélation « existentielle» : C’est dans des lieux improbables comme celui là que je me sentais le plus en vie. Une intensité du présent. Juste suivre le flux de la vie.

-A Strasbourg, (ma ville natale), on a crée une galerie d’art à la maison et notre fille est née. J’étais comme dans mon « berceau ». On est restés 1 an.

-En Ariège, on est restés 4 mois, puis on est devenus nomades pendant 9 mois où nous avons sillonné la Bretagne, l’Espagne, le Portugal, l’Ecosse et les Etats Unis.
-A Kaysersberg, on a fait chambres d’hôtes et galerie d’art. On est restés 13 mois.

-A Munster, après 4 mois, notre deuxième enfant est né, et j’ai senti l’appel de l’océan.

-En Bretagne aujourd’hui depuis 18 mois, le couple est défait. Chacun retrouve son espace.

La maison est quittée. Mais cette fois la destination est hésitante. La démarche est moins claire que d’habitude. Alors je remonte à l’arbre généalogique, car je sens que de l’information « pousse » dans l’inconscient.

J’ai étudié l’arbre avec l’axe thématique des territoires quittés, de force, de choix ou de privations de liberté.
J’ai trouvé des éléments intéressants. Tous se sont passés pendant les 2 guerres.

Un thérapeute spécialiste du transgénérationnel consulté il y a 2 ans, m’avait dit que les « petits enfants des guerres » portaient encore des traces de ces événements dans leur histoires.

-On trouve l’exil et la désertion dans l’arbre de Florent
-les changements de nationalités successives dans le mien. (Alsace Française, Allemande, Française, à nouveau Allemande et à nouveau Française !)

-Le sentiment d’être indésirable en revenant de la guerre chez soi, une terre conquise par l’ennemi…
Et faillir d’être expulsé à l’épuration.

-De devoir rester cloîtré pendant 4 ans dans une ville bloquée pendant la guerre.

Bref, tout cela m’apporte des liens inconscients avec ces injonctions intérieures, de « partir ailleurs »…

Aujourd’hui j’ai envie de sortir de cette zone d’exil permanent et prendre racine quelque part.
Construire quelque chose intérieurement. Trouver sa place.
Ce qui n’empêche pas au voyage de se produire !
Car ma vie est un voyage.

Mais les déménagements successifs m’ont aussi coupée d’une chose essentielle : la récolte des fruits.

C’est comme si on partait avant de récolter. On sème, on plante, on fait grandir et on s’en va !

Aujourd’hui j’ai envie de récolter les fruits.
Rassembler et choisir.
J’ai choisi : L’écriture et la peinture.

Peindre quels « paysages » ?
Celui de mes ancêtres ?

A suivre…